Le 8 octobre 2026, Anthropic, l'éditeur de l'assistant Claude, a publié une nouvelle version de sa politique d'usage. Elle contient une phrase que tout dirigeant à qui l'on propose de « faire citer son entreprise par ChatGPT » devrait lire : il est désormais explicitement interdit d'utiliser Claude pour manipuler les sources dont les moteurs de recherche et les IA tirent leurs réponses. Les faux avis, les faux médias et les réseaux de sites qui se présentent comme indépendants sont nommés noir sur blanc. La règle entre en vigueur le 12 novembre 2026.
Ce n'est pas une loi, et nous verrons ses limites. Mais c'est un signal clair sur une partie du marché de la « visibilité IA », et il vous donne de bonnes questions à poser avant de signer quoi que ce soit.
Ce que dit la nouvelle règle, en clair
La politique d'usage d'Anthropic, c'est le règlement que chaque utilisateur de Claude accepte, particulier comme entreprise. La version publiée le 8 octobre regroupe dans une section unique, intitulée « Do Not Engage in Deceptive Campaigns or Artificial Activity » (ne pas mener de campagnes trompeuses ni d'activité artificielle), des interdits jusque-là dispersés entre les rubriques élections, fraude et désinformation. Anthropic précise que cette section vise la tromperie « de toute nature, politique ou commerciale ». Autrement dit, elle ne concerne pas seulement la propagande : elle concerne aussi le marketing.
Voici les six interdits de la section, traduits, avec ce qu'ils donnent concrètement pour une entreprise.
| Ce qui est interdit avec Claude | À quoi ça ressemble dans le marketing d'une PME |
|---|---|
| Créer de faux profils, comptes, médias ou organisations pour tromper sur l'origine d'un message ou sur le nombre de gens qui le partagent | Faux avis clients, faux témoignages, faux comptes qui recommandent la marque en commentaire |
| Masquer qui finance un contenu destiné à influencer l'opinion ou des décideurs | Article sponsorisé présenté comme un avis neutre |
| Diffuser un contenu par un réseau de sites ou de comptes faussement indépendants pour cacher qu'il vient d'une source commune | Dix « blogs » ou « comparatifs » différents, tenus par le même prestataire, qui recommandent tous la même entreprise |
| Manipuler les sources dont les moteurs de recherche ou les IA tirent leurs réponses, en publiant du contenu qui ment sur son origine, son auteur ou son indépendance | Saturer le web de pages qui semblent indépendantes pour que ChatGPT, Perplexity, Gemini ou Google « confirment » qu'une entreprise est la référence de son secteur |
| Construire ou entretenir les outils qui servent à ces campagnes | Logiciel de génération automatique de faux avis ou de faux profils |
| Vendre l'une de ces pratiques comme un produit ou un service | Une offre commerciale de « visibilité IA » fondée sur ces techniques |
La quatrième ligne est la nouveauté qui nous intéresse. Le texte donne lui-même l'exemple visé : des réseaux de sites qui se font passer pour des sources sans lien entre elles et qui confirment les mêmes affirmations. Search Engine Journal relève que la version précédente de la politique, datée du 15 septembre 2025, ne mentionnait ni les moteurs de recherche ni les réponses des IA. Le média note aussi que cela ne veut pas dire que la pratique était autorisée avant : elle est simplement nommée, désormais. En cas d'infraction, l'accès au service peut être suspendu ou résilié.
Pourquoi maintenant : 70 faux sites d'information locale
Le contexte éclaire la règle. Le 10 septembre 2026, Anthropic a publié son rapport sur les usages malveillants de ses modèles. On y trouve une opération politique, sans rapport direct avec le marketing d'une PME, mais dont la mécanique est exactement celle que la nouvelle règle nomme : un réseau de faux sites « indépendants » qui répètent les mêmes messages.
Selon le rapport, une agence de publicité numérique basée en France exploitait environ 70 faux sites d'information conçus pour ressembler à des rédactions locales indépendantes. Les articles étaient signés par des journalistes qui n'existaient pas. Claude servait à écrire des articles originaux et à réécrire ceux de vrais journalistes. Le réseau a publié au moins 8 913 articles dans une vingtaine de langues. Anthropic décrit un modèle « d'influence à la demande » : le réseau changeait de bord politique selon le client du moment. Anthropic a fermé le compte en cause.
Deux enseignements pour un dirigeant. D'abord, la plupart de ces contenus n'ont suscité presque aucun engagement réel, d'après le rapport : produire en masse ne veut pas dire convaincre. Ensuite, l'opérateur était une agence commerciale, pas un service de renseignement : ce qui fait basculer un contenu dans la manipulation, c'est le mensonge sur qui parle, pas le volume ni l'outil.
Google l'avait déjà écrit pour la recherche
Anthropic n'est pas seul. Depuis le 15 mai 2026, la page des règles anti-spam de Google définit le spam comme les techniques qui trompent les utilisateurs ou manipulent ses systèmes pour mettre un contenu en avant, y compris les tentatives de « manipuler les réponses de l'IA générative dans la recherche Google ». Les Aperçus IA (AI Overviews) et le Mode IA (AI Mode) sont donc dans le périmètre des règles anti-spam classiques. Nous avions détaillé la dernière mise à jour anti-spam de Google, celle de septembre 2026, et la façon de vérifier si un site en a souffert.
| Anthropic (Claude) | Google (recherche) | |
|---|---|---|
| Nature du texte | Politique d'usage d'un outil | Règles anti-spam d'un moteur |
| Ce qui est visé | L'utilisation de Claude pour produire ou diffuser du contenu trompeur | Les sites qui manipulent le classement ou les réponses IA de Google |
| Date | Publiée le 8 octobre 2026, applicable le 12 novembre 2026 | Définition élargie le 15 mai 2026 |
| Conséquence prévue | Suspension ou résiliation de l'accès à Claude | Site rétrogradé ou retiré des résultats |
Les deux textes ne parlent pas de la même chose. L'un encadre un outil d'écriture, l'autre un moteur de recherche. Mais ils convergent sur une idée : fabriquer de fausses preuves d'indépendance pour influencer une réponse automatique, c'est de la manipulation, pas de l'optimisation.




