Votre équipe a peut-être construit, ces derniers mois, quelques Gems dans Gemini : un assistant qui rédige les devis dans le ton de la maison, un autre qui résume les comptes rendus de chantier, un troisième qui répond aux questions fréquentes à partir de vos fiches produits. Le 30 septembre 2026, Google a annoncé que ces Gems allaient disparaître au profit d'un nouveau format, les skills. Rien ne casse demain, mais le calendrier est publié, et certaines choses ne migreront pas toutes seules.
Voici ce qui change, les dates à retenir selon le type de compte, et l'inventaire à faire dès maintenant pour ne pas découvrir en mars 2027 qu'un processus interne ne fonctionne plus.
Gems et skills : ce qui change
Un Gem est une version personnalisée de Gemini, l'assistant IA de Google : on lui donne des instructions permanentes et, au besoin, des fichiers de référence, et il les applique à chaque conversation. Les skills reprennent ce principe sous une forme plus modulaire. Selon le billet de Google signé par Deven Tokuno, chef de produit de l'application Gemini, on enregistre une fois ses instructions les plus utilisées et on les appelle ensuite en tapant « / » suivi du nom du skill dans la barre de saisie, sans ouvrir de fenêtre dédiée.
Trois différences comptent pour une entreprise. D'abord, les skills se combinent : on peut associer dans la même demande un skill « style rédactionnel » et un skill « charte de marque », là où un Gem était un bloc unique. Ensuite, ils fonctionnent aussi dans les applications Workspace, ce que les Gems ne permettaient pas, selon l'aide de Google Workspace. Enfin, ils reposent sur un format ouvert, un fichier texte au format Markdown nommé SKILL.md, que Google présente comme un moyen d'éviter l'enfermement chez un seul éditeur.
Tout n'est pas encore au niveau des Gems. Google indique que le partage, les fichiers Google Drive et les notebooks Gemini arriveront dans les skills « dans les prochaines semaines ». Pour une équipe qui partage aujourd'hui ses Gems via Drive, mieux vaut attendre ces fonctions avant de basculer entièrement.
Le calendrier, selon votre type de compte
Les dates diffèrent selon que vous utilisez un compte Google personnel ou un compte professionnel Google Workspace. Le tableau reprend le calendrier publié par Google dans son aide administrateur et son billet d'annonce.
| Date | Ce qui se passe | Qui est concerné |
| 5 octobre 2026 | Début du déploiement des skills dans Workspace (canal de publication rapide, terminé au 12 octobre) | Comptes Workspace éligibles |
| 13 octobre 2026 | Début du déploiement dans l'application Gemini ; Gems et skills coexistent | Tous les utilisateurs |
| 19 octobre 2026 | Début du déploiement dans Workspace pour le canal de publication planifiée, jusqu'à mi-novembre | Domaines Workspace en « Scheduled release » |
| Novembre 2026 | Google annonce le retrait du support des Gems « à partir de novembre » pour les comptes personnels ; les Gems passent dans les paramètres de l'application le 17 novembre et restent utilisables | Comptes personnels, puis tous les utilisateurs de l'application |
| Pas avant le 1er mars 2027 | Plus de création, de modification ni d'usage des Gems ; les flux « Ask a Gem » cessent de fonctionner ; les Gems restants deviennent des brouillons de skills | Workspace entreprise, business, associations |
| Pas avant le 1er juin 2027 | Mêmes changements | Workspace éducation |
Deux nuances méritent d'être lues attentivement. Pour les comptes professionnels, Google écrit « pas avant » le 1er mars 2027 : c'est une date plancher, pas une date ferme, et Google s'engage à publier les détails de la migration automatique au moins trente jours avant son lancement. Pour les comptes personnels, aucune date d'arrêt définitive n'a été publiée à ce jour. Si votre entreprise utilise Gemini avec une adresse Gmail personnelle plutôt qu'un compte Workspace, c'est vous qui êtes concerné en premier.
Ce qui migre seul, et ce qui ne migre pas
Google promet une migration automatique, mais son périmètre est précis. Les Gems créés dans l'application Gemini seront convertis en brouillons de skills, avec leur nom, leur description, leurs instructions et leurs fichiers de connaissance. Les droits de partage Drive appliqués aux Gems d'origine seront repris. Ces brouillons arriveront toutefois inactifs : leur créateur devra les relire et les activer un par un avant de pouvoir les utiliser ou les partager.
Trois cas échappent à cette migration. Les Gems utilisés dans Workspace ne sont pas convertis et doivent être recréés à la main dans Google Workspace Studio. Les skills ne se synchronisent pas entre l'application Gemini et les applications Workspace : un skill dont vous avez besoin aux deux endroits devra être créé deux fois. Enfin, les « Gems by Google Labs », les Gems expérimentaux proposés par Google lui-même, s'arrêteront sans être migrés.
Le point le plus sensible concerne les flux automatisés. Workspace Studio permet de construire des enchaînements (un e-mail arrive, Gemini l'analyse avec un Gem, le résultat part dans une feuille de calcul). L'étape « Ask a Gem » ne peut déjà plus être ajoutée à un nouveau flux, et les flux existants qui l'utilisent s'arrêteront à la date de fin des Gems. Un flux qui tombe en panne silencieusement, c'est un tableau de suivi qui ne se remplit plus sans que personne ne s'en aperçoive.
L'inventaire à faire maintenant
Pour une PME, la transition ne demande pas un projet, mais elle demande un inventaire. Nous recommandons de le faire avant la fin de l'année, pendant que Gems et skills coexistent.
Lister les Gems réellement utilisés. Demandez à chaque collaborateur quels Gems il a créés, lesquels servent chaque semaine et lesquels ont été abandonnés. Inutile de migrer un assistant que personne n'ouvre plus.
Repérer les dépendances. Pour chaque Gem utile, notez où il est utilisé (application Gemini, Workspace, flux Studio), qui en dépend et ce qui se passerait s'il disparaissait. Les flux « Ask a Gem » sont la priorité absolue.
Sauvegarder les instructions et les fichiers. Google conseille lui-même aux administrateurs de faire recréer manuellement les Gems critiques, en copiant leurs instructions et en rechargeant leurs fichiers de connaissance avant la migration automatique. C'est aussi l'occasion de relire ces instructions : beaucoup ont été écrites à la hâte et contiennent des informations périmées (tarifs, coordonnées, procédures).
Vérifier les réglages administrateur. Sur un compte Workspace, les skills doivent être autorisés par l'administrateur, via le réglage dédié de la console. L'éligibilité dépend aussi de l'édition : les formules Business Starter, Standard et Plus et les formules Enterprise Standard et Plus sont listées par Google pour un usage dans Workspace, réservé aux utilisateurs de 18 ans et plus.
Un assistant interne est un logiciel à maintenir
Cette transition illustre un point que l'on oublie facilement : un assistant IA construit sur une plateforme grand public ou bureautique reste un outil dont vous ne maîtrisez pas le cycle de vie. L'éditeur peut renommer, déplacer ou retirer la fonction, et c'est à vous de suivre. Ce n'est pas un défaut de Google en particulier, c'est la règle de tous les services hébergés.
Pour un usage d'appoint (reformuler un e-mail, résumer un document), ce n'est pas un problème : on recrée l'assistant en dix minutes. Pour un processus dont dépend l'activité (traitement des demandes clients, préparation des devis, suivi de production), la question mérite d'être posée autrement : qui documente l'outil, qui le surveille, qui le met à jour quand la plateforme change ? Le format ouvert SKILL.md va plutôt dans le bon sens, puisqu'il rend les instructions plus portables. Nous avions abordé les garde-fous à poser quand l'IA touche aux outils de l'entreprise dans notre article sur les agents IA et les outils métier, et le choix d'un fournisseur dans celui consacré à la confiance et l'humain dans la boucle.
Quand un assistant devient central, il peut être pertinent de le sortir de l'outil bureautique pour en faire une véritable application métier, branchée sur vos données avec des accès maîtrisés et une maintenance planifiée. Ce n'est pas nécessaire dans la majorité des cas, mais c'est une question à poser lors de l'inventaire. Si vous voulez faire ce point avec un regard extérieur, notre audit gratuit ou un échange avec notre agence web à La Réunion permettent de trier ce qui relève du réglage de ce qui relève du développement. Vous pouvez aussi nous écrire directement.
Questions fréquentes
Mes Gems vont-ils disparaître du jour au lendemain ?
Non. Gems et skills coexistent pendant plusieurs mois. Pour les comptes professionnels Workspace, Google indique que les Gems ne cesseront pas de fonctionner avant le 1er mars 2027, et que les Gems restants seront alors convertis en brouillons de skills à activer.
Dois-je recréer tous mes Gems en skills ?
Pas tous. Les Gems de l'application Gemini seront migrés automatiquement en brouillons. Il faut en revanche recréer manuellement les Gems utilisés dans Workspace et remplacer l'étape « Ask a Gem » dans les flux Workspace Studio. Recréer dès maintenant les Gems critiques reste la précaution recommandée par Google.
Les skills sont-ils disponibles à La Réunion ?
Google annonce un déploiement mondial des skills dans l'application Gemini pour les abonnements Google AI, et un déploiement Workspace à partir du 5 octobre pour les éditions éligibles. Aucune exclusion géographique n'est mentionnée, mais le déploiement est progressif : la fonction peut apparaître sur votre compte avec quelques jours ou semaines de décalage.
Sources : Aide Google Workspace Admin, transition vers les skills (30 septembre 2026), Google, billet d'annonce des skills Gemini (30 septembre 2026), Android Central via Yahoo Tech (30 septembre 2026). Les dates « pas avant » sont celles publiées par Google et peuvent évoluer.